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Sur les perches de chêne, les chercheurs du C.N.R.S. jettent des peaux de rennes venues spécialement de Laponie. (Photo M. Bernaudon).

Mise en scène paléolithique à Sophia Antipolis
Le C.N.R.S. reconstitue une tente Magdalénienne pour mieux l'étudier.

Des chercheurs du C.N.R.S. reconstituent une tente de la période du magdalénien moyen (entre 15.000 et 12.000 ans avant Jésus-Christ) à Sophia Antipolis. Ce travail d'archéologie expérimentale découle des fouilles effectuées en 1960 et 1961 sur le plateau Parrain, région de Mussidan en Dordogne, à partir d'un site inventé par le Dr. Gaussen. Une structure au sol d'une tente du paléolithique avait alors été mise au jour. Elle était matérialisée par un cordon de galets (provenant de la rivière Isle, toute proche) déterminant un rectangle de 4 m sur 4,50 m, par un pavage d'un mètre carré sur le bord est et par la répartition au sol d'outils de silex (335 au total).

Cette base correspondait selon l'ethnographie à une tente dont la structure de poids d'une hauteur de 4,50 m environ devait être recouverte soit de peaux de rennes cousues, soit de mottes d'herbe, de branchages ou d'écorces assemblées.

A l'époque déterminée - assez froide - les Magdaléniens contemporains de la grotte de Lascaux étaient des hommes relativement grands (1,90 m), probablement nomades, qui vivaient de la chasse, de la pêche et de la cueillette.

Un an d'expérimentation

C'est pour approfondir la connaissance de leur architecture, de la résistance des matériaux employés, du comportement des coutures réalisées à l'aide d'aiguilles à chas en os et de tendons de rennes que cette expérience de Sophia Antipolis a été entreprise.

Cet essai, étalé sur un an, a été mis au point par M. Jean-Pierre Leroy, sous contrat au C.N.R.S., spécialiste de muséographie expérimentale. Il a fait venir des peaux de rennes brutes de Laponie qui ont été cousues au Centre de Recherches et a utilisé seize perches de chênes (dont quatre fourchues) fournies par l'O.N.F. Le fond de tente a été fidèlement reconstitué avec des galets choisis dans le lit du Var.Un spécialiste de la taille du silex, M. Jacques Tixier, maître de recherches au C.N.R.S., et le Dr. Jacques Pellegrin vont constituer sur place des outils (éclats et lames) et les disposer suivant les indications des fouilles. Une comparaison au microscope électronique avec les originaux sera ultérieurement effectuée.

D'autre part, M. Lucien Jourdan, ingénieur C.N.R.S., qui a veillé à l'assemblage des peaux, procèdera à la répartition d'ossements à l'intérieur et aux abords de la tente pour des expériences de fragmentation.

Jusqu'à la fin de l'opération, sous contrôle de M. Bruno Helly, directeur du Centre de Recherches archéologiques, cette tente sera | « domestiquée » avec renouvellement périodique d'une litière de branchages à l'intérieur.

A terme, les chercheurs procéderont à de véritables fouilles, évalueront la résistance de la structure, détermineront l'orientation prise par les ossements et silex allant des zones de circulation. Ils tireront alors tous les enseignements de cette |mise en scène" paléolithique.

N. HEBREARD
in NICE-MATIN - Mercredi 26 mars 1980.

Expérience

Une reconstitution de tente magdalénienne en peaux de rennes mise au point par Jean-Pierre Leroy pour le C.N.R.S.