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Billet

Mai 2008

Les vestiges

Les peuples chasseurs-cueilleurs se sont succédés sur la Terre durant 2,6 millions d’années environ. Nomades ou semi-sédentaires, ils ont laissé de très nombreux vestiges sous forme d’armes et d’outils, en pierre taillée, en os, bois animal ou ivoire façonnés, de restes de repas (ossements), de foyers, et beaucoup plus rarement, de traces d’habitations. Celles-ci sont souvent peu évidentes et difficiles à interpréter. Ce sont des pierres de calages pour maintenir au sol la couverture d’une tente, des trous de poteaux, un pavage, des « murs » et une charpente effondrés en ossements et en défenses de mammouth. Ce peut être, plus simplement, une accumulation d’objets dans un espace plus ou moins restreint et circonscrit avec ou non un bourrelet de vestiges, témoin d’un mur ou d’une paroi disparu et enfin des « témoins négatifs », empreintes d’objets ou de mobilier en matière périssable également disparus.

L’expérimentation

La validation des hypothèses ne peut se contenter d’images : dessins graphiques ou simulations informatiques. Seule l’expérimentation grandeur nature permet de tester ces hypothèses en utilisant les techniques et les répliques d’outils préhistoriques. Charpentes et couvertures doivent subir les épreuves de traction et de résistance aux intempéries (vent violent, pluie, neige…). C’est également un excellent moyen de retrouver les gestes de la vie quotidienne et d’envisager la fonction d’objets, dont la seule analyse classique ne permettait pas d’interpréter la présence sur un sol préhistorique.

La traduction muséographique

Malheureusement, le coût des matières premières et les contraintes d’espace ne permettent pas, pour une exposition  temporaire ou un parc archéologique, de réaliser grandeur nature  les différentes possibilités de construction. Il faut donc faire un choix. Ce dernier est totalement subjectif car on aura tendance à garder l’évocation qui nous semble la plus pertinente à nous, hommes du XXIème siècle, en nous basant essentiellement sur des comparaisons ethnographiques. Mais nous ne saurons jamais ce qu’il en était réellement. C’est pourquoi, il est essentiel de présenter, sur un cartel ou une borne informatiques, les hypothèses dessinées en perspective que nous n’avons pu construire.

Évoquer ou reconstituer une construction préhistorique paléolithique ?

Un dilemme de la muséographie préhistorique.

 

Si l’on se réfère au Petit Robert :

Évoquer : c’est se « représenter une chose oubliée, la faire apparaître par des images, des associations d’idées ».

Reconstituer :  c’est «rétablir dans sa forme, dans son état d’origine, en réalité ou par la pensée (une chose disparue). Reconstituer le plan d’un monument d’après des fouilles ».

L’interprétation des vestiges

Les vestiges les mieux conservés permettent aux préhistoriens d’imaginer ces « architectures premières ». Leurs plans au sol suggèrent une ou plusieurs formes possibles. En les comparant aux exemples ethnographiques d’habitations de peuples nomades ou semi-sédentaires des XIXème et XXème siècles, dont les techniques et les matières premières sont comparables à celles des hommes de la Préhistoire, il est alors permis d’en proposer des restitutions et d’imaginer le mobilier disparu. Nous ne pourrons jamais affirmer que tel plan implique exclusivement telle forme, mais nous pourrons toujours rechercher les formes compatibles avec ce plan.

C’est pour ces raisons que nous préférons parler d’évocations et non de reconstitutions.