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Un art d'une richesse plastique et d'une diversité remarquables.
Une ancienneté et une continuité uniques au monde.

Depuis des dizaines de milliers d'années, les sociétés des Aborigènes d'Australie ont évolué dans leur vie quotidienne, leurs croyances et leurs rituels. Leur conception du monde, qu'ils appellent le Rêve, leur a permis et leur permet encore aujourd'hui d'interpréter les changements affectant leur environnement naturel et social.
Leur art a enregistré ces changements : des peintures et gravures rupestres de plus de 40 000 ans, aux peintures acryliques sur toile actuelles. Les styles évoluent, des écoles se créent, les supports changent, mais les contenus mythologiques fondateurs demeurent. C'est la mémoire de ces peuples de tradition orale qui continue d'être gardée et enrichie.

TEMPS DU REVE
TEMPS DES HOMMES
40.000 ans d'art en Australie.

Exposition conçue et réalisée par J.P. Leroy pour
le Musée Départemental de Préhistoire d'Ile-de-France et l'ambassade d'Australie (2005 - 2006).

KOLOBBARR, Kangourou Mâle du Temps du Rêve (galerie Dad).

NAMARRAKON, Esprit Tonnerre
(galerie Dad).

L'affirmation d'une identité à l'aide de signes traditionnels.

Dès 1957, l'art est utilisé comme un instrument de protestation et de revendication. Les Aborigènes ne devinrent citoyens à part entière de l'Australie, leur terre natale, qu'en 1967. En révélant certains de leurs Rêves au monde blanc, en 1971, des Aborigènes manifestaient leur refus de l'assimilation forcée. Ils revendiquaient, non seulement, le droit de conserver leur religion et leur organisation sociale, mais aussi et surtout, de reconquérir leurs terres.
Leurs peintures sur écorce d'eucalyptus, à l'acrylique sur toile ou sur soie (batik), achetées par des musées et des collectionneurs, furent reconnues comme de véritables oeuvres d'art.
Selon la Loi aborigène, ces Rêves, peints sur écorce, sur toile, sur le corps des femmes et des adolescents initiés, sont les titres de propriété des terres ancestrales dont les Aborigènes furent dépossédés par les colons blancs. La présentation et la diffusion de ces oeuvres allaient contribuer à la restitution de leurs sites sacrés et de leurs terres.

Le Temps du Rêve est un temps immuable et permanent. Les Aborigènes préfèrent l'expression Dreaming : en train de rêver, qui qualifie à la fois une époque de transformations qui précède les humains et la permanence des êtres ancestraux qui sont dits éternellement présents. Ce temps ne possède ni origine, ni fin : une époque où des êtres mythiques, descendus du ciel ou sortis des profondeurs de la terre, encore plate, allaient par leurs actions façonner les paysages de l'Australie, mettre en forme et nommer les animaux, les végétaux et les humains.
Il relève d'une conception unitaire : homme, nature, même combat ! Le monde est peuplé d'esprits qui peuvent s'incarner dans des espèces animales, végétales, des corps humains, des objets naturels ou artificiels, ou des phénomènes naturels. Ces esprits peuvent passer d'une forme animale à une forme humaine ou l'inverse, leur enveloppe corporelle se métamorphoser en nuage ou en rocher. Quelle que soit la forme qu'ils empruntent, ces esprits parlent et agissent comme des humains.
Les ancêtres mythiques sont représentés de façon plus ou moins réaliste, ou à l'aide de formes géométriques, et sont souvent désignés par des noms d'animaux ou de plantes dont les espèces correspondantes sont considérées comme issues. Mais ils peuvent aussi s'appeler : Pluie, Eclair, Feu, Bâton à fouir, Homme initié, Fièvre, Colère...Leur nom les définit comme le principe conditionnant les choses nommées.

Australie

Oeuvre aborigène représentant Kolobbarr, kangourou mâle du Temps du Rêve (Exposition "Temps du Rêve, Temps des Hommes" de Jean-Pierre Leroy).
Oeuvre aborigène représentant Namarrakon, Esprit tonnerre (Exposition "Temps du Rêve, Temps des Hommes" de Jean-Pierre Leroy).

Texte de Jean-Pierre Leroy.